Voyage de Marie-Reine au Cameroun
Ce papier est écrit sans prétention, mais avec le plus grand respect porté à celle que j’ai rejoint au Cameroun, ma marraine Isabelle.
C’est le témoignage d’une réalité que mon imagination ne pouvait entrevoir .
La vie dure, misérable que cette femme à la foi sans faille côtoie avec toujours aux lèvres le sourire de la confiance et de l’espoir, qu’elle transmet avec ces mots et ces actions.
Mon voyage débuta par la ville de Kribi, où elle s’est installé provisoirement avec son mari Lucien, sa fille Christelle, son mari et son jeune fils, mais son objectif reste de retourner à Akonolinga, petite ville plus au nord, dont elle est tombée amoureuse, plus pour sa population que pour la ville elle-même. J’ai eu l’occasion de l’accompagner en cet endroit où la maison qu’elle avait fait construire pour sa famille a été transformé en un orphelinat qui accueille une vingtaine d’enfants. Là bas pour tous les habitants d’Akonolinga elle est maman Isabelle.
Maman Isabelle est présidente de l’association Béthel, qui œuvre dans plusieurs pays d’Afrique et notamment au Cameroun, avec force et conviction. A l’hôpital d’Akonolinga elle connait tout le monde, du personnel soignant aux malades qu’elle visite presque chaque jour et à qui elle apporte son soutien dans la foi en Jésus. Elle offre et donne de son temps de son énergie et de sa force à ceux qui n’ont rien même le minimum vital, avec toujours une simplicité faite de grâce…elle aide aussi financièrement les plus démunis pour qu’ils puissent se nourrir et se soigner, car c’est une triste réalité, se faire soigner n’est pas donné à tous le monde. Chaque matin grâce à ses dons les patients de l’hôpital se voient offrir le petit déjeuner composé de beignets qu’une femme , maman Chantal, membre de l’association confectionne pour l’occasion.
Pour moi, infirmière de métier, le plus difficile à supporter c’est de voir autant de pauvreté, de misère et de détresse dans les yeux des enfants comme dans ceux des adultes, mais aussi et surtout ce manque d’hygiène, dont je me demande chaque jour comment il est possible d’en arriver là ??? La réponse est peut être dans le manque d’infrastructure au niveau de l’eau, et dans le manque de moyens pour financer des femmes de ménage ?
Le deuxième point le plus choquant pout moi est de voir les nombreux enfants qui naissent dans des conditions de survie telle qu’ils ne sont qu’une bouche de plus à nourrir, alors même qu’il est difficile pour la mère et pour le père de se nourrir eux même.
A Akonolinga, il y a trop de rien, trop de manque, trop de désespoir, et pourtant maman Isabelle, un peu à l’image de mère Thérésa, se bat et agit pour que ces hommes et ces femmes puissent retrouver un peu de dignité, même devant le pâle visage de la mort. Sa force, sa foi et sa volonté donné par sa conviction du Dieu sauveur, elle les mets au service des plus humbles, des plus démunis, des laissés pour comptes de la société. Elle leur apporte de quoi se nourrir un peu, et aussi l’espoir que leur fardeau peut être allégé par la force de la prière. Elle donne son temps et son énergie pour les autres car elle comprend que si Dieu dans sa toute grandeur éprouve le cœur de certains c’est pour que ceux à qui Il a tout donné puissent agir en son nom et faire par leurs actes Sa volonté, c'est-à-dire, s’aimer les uns les autres, s’entraider, se soutenir.
Revenues de ce bout du monde sur Kribi, nous avons accompagné notre petite voisine de 3ans à l’hôpital en compagnie de sa maman. Petit corps chétif, boutons purulents, plaies sur les fesses, nous avons payé les soins car sa mère n’avait pas de quoi la soigner et c’est pour çà que l’enfant se trouvait dans cet état. Manque de moyens, manque d’informations, devoir d’avoir des enfants, mais à quel prix ? dans quelle conditions ? Pourquoi ? Toutes ces questions m’habitent et me remettent en question moi-même qui est tout reçu, des premiers soins à l’accès à la culture, de quoi me nourrir chaque jours , un métier.
Mais ce qui est fait est une goutte dans un océan sans fond. Est-ce la population locale, les particuliers qu’il faut aider ou les autorités du pays qu’il faut sensibiliser aux besoins fondamentaux de son peuple ? Les questions se posent , les réponses se font rares, les actes mènent à quoi ? Sensibiliser, former, éduquer sont autant de verbes à mettre en action pour que chacun puisse vivre une vie meilleure, dans le respect du corps et de l’esprit.
Maman Isabelle fait ce qu’elle peut, avec ce qu’elle a reçu, la force, la foi et un peu d’argent. Son service elle l’accomplit au nom de Jésus, son maître. Elle est habitée par la vie de la foi et la conviction intime que ce qu’elle fait au moins elle le fait. Et nous et moi, que faisons nous ???
MRK, octobre 2008, Kribi au Cameroun
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